Parfois, 2h30 passent très vite.


3 juillet 2011. Notre famille émigre aujourd’hui en Huronie Occidentale. Enfin ! Depuis le temps que mon fils aîné (3 ans) me demandait quand nous prendrions le papa-avion, pour voir la neige, faire des bonhommes de neige, construire des cabanes de neige, mettre des gants pour la neige, …: il a bien compris que là où nous allons la tendance cette année est plutôt neige que cocotiers..

Dernière image de la France avant de franchir le pas de la porte  du vol Air Transat pour Toronto.

Nous nous sommes retournés pour contempler le Concorde piqué sur son pied de parasol au milieu du gazon de l’aéroport Charles de Gaulle. Est-ce le totem d’Air France ? Ou la reprise d’une coutume des Tudor : planter sur un pieu, au dessus de la grille de la Tour de Londres, la tête du vaincu ? C’est tout de même curieux cette façon de saluer les passagers qui vont s’envoler : empaler un avion qui s’est écrasé au décollage.

Je redeviens un gosse lorsque je vois sur notre écran de TV la silhouette de l’avion qui clignote au-dessus de la carte de l’Irlande. Nous survolons Cork 2 heures 30 après notre  départ. Paris-Cork, 2 heures 30 ! Selon les ingénieurs d’Airbus, Colin aura l’âge que j’ai aujourd’hui lorsqu’il fera Paris – Tokyo dans le même temps. Il devra être patient : pour l’instant EADS essaye de finir l’A400M promis il y a 3 ans.

Grace au type qui a inventé le décalage horaire, nous atterrissons également 2 heures 30 plus tard à l’aéroport Pearson de Toronto.

J’aurais pourtant du me méfier dès le premier couloir franchi. La fatigue des parents fait mauvais ménage avec l’excitation d’un petit bonhomme de 3 ans.

C’est là aussi que l’on peut apprécier la bienveillance du Canadien :

– Pardon monsieur, le petit garçon qui vient de tomber en marchant à contre-sens sur l’escalier mécanique, il est à vous ?

–  Pardon monsieur, le petit garçon qui court sur le tapis roulant des bagages, il est à vous ?

– Pardon monsieur, le petit garçon qui a décroché le téléphone des urgences et  qui discute avec son interlocuteur, il est à vous ?

– Pardon monsieur, le petit garçon qui empêche les passagers de prendre leur chariot à bagages en mettant sa main devant la machine à pièces…  il est à vous ?

Non seulement tous ces petits garçons sont à moi, mais c’est le même !

Comprenez-moi, messieurs, mesdames, je suis tout seul : les bagagistes ont tellement apprécié nos 105 kilos de bagages qu’ils ont décidé de ne s’en séparer qu’au dernier moment. Ma femme est partie chercher le service d’émigration. Vous connaissez les femmes : elle m’a promis qu’elle reviendrait un jour.

Ca y est ! La voilà ! Le service d’émigration est juste à l’autre bout du hall, me dit-elle. Ca tombe bien : les bagages ont décidé de faire leur apparition, après s’être assurés que toutes les autres valises avaient déjà été emportées par le reste des voyageurs.

Parcourir 500 mètres avec 105 kilos de bagages c’est aussi facile que 20 Km à pied sans bagage. La différence est qu’il y a souvent quelqu’un pour vous féliciter à la ligne d’arrivée des 20 Kilomètres. Ici, l’agent des douanes nous accueille avec une indifférence feinte de surprise en nous demandant ce que nous faisons devant son comptoir puisque le service d’immigration dédiés aux émigrants déjà reçus était juste… à l’autre bout de l’aéroport. Geneviève avait déjà pardonné la fonctionnaire qui lui avait donné la mauvaise indication. Moi pas.

500 mètres plus loin et 210 kilos de bagages au bout des bras (le retour compte double avec la fatigue), nous trouvons le bon service d’immigration qui va, nous l’espérons, nous donner le sésame final.

J’ai failli oublier de préciser : le petit garçon commence à être fatigué de toutes ces marches et le bébé vient de commander sa tétée comme il sait si bien le faire (lancement du contre-ut, a capella, diaphragme bien décollé).

C’est devant le comptoir de la douanière-avec-lequel-il-ne-vaut-mieux-pas-la-ramener que la famille montre tous ses talents. Les parents sourient, crispés. Tandis que Colin commence son rodéo « je-veux-ça-j’en-veux-plus-mais-si-j’en-veux ».

La douanière doit être aussi une mère. Compréhensive, elle  sort de son comptoir une petite raquette en bois avec une balle en caoutchouc fixée par un élastique (les saisies des douanes canadiennes sont très sévères apparemment). Colin est ravi. Après plusieurs tentatives de frappe, il arrive finalement à effectuer un splendide smache avec sa baballe qui se décroche de son élastique et va pulvériser le mug à café de la douanière. Il aurait pu être vide ce mug et ne pas se trouver à côté du clavier de son ordinateur, non ? La douanière doit être une super-maman, super-patiente. Là, je deviens un super-papa, super-furieux.

Maintenant, notre gardienne des portes de l’Huronie partage le même souci que nous : terminer ce dossier vite.

J’entends encore le son ouaté et fugace du tampon sur mes papiers : me voilà résident permanent, validé, oblitéré, cachet faisant foi comme on dit au Vatican.

Les portes automatiques menant au hall des arrivées s’ouvrent : Toronto, nous voilà ! Tout le monde peut rester assis : on va se débrouiller par nous-même pour commencer une nouvelle vie ici.

Je regarde ma montre. Depuis que nous avons quitté l’avion, il s’est déroulé…….

2 h 30 !

Parfois, 2 h 30, c’est long.

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