Cette semaine, l’actualité à Toronto nous a rappelé combien il n’est pas facile de faire rire les Torontois, à commencer par le premier citoyen de la Ville-Reine, j’ai nommé Monsieur le maire, Robert Ford.
Compte tenu de ma récente arrivée à Toronto et de mon statut qui ne me donne aucun droit de vote, je n’épiloguerai pas sur ses opinions politiques.
Pour donner quand même une esquisse du personnage, je ne citerai que deux commentaires publics dont il a fait bénéficier ses électeurs, je cite : « Il faut réhabiliter la voiture à Toronto » (cela c’était durant sa campagne électorale, pour annoncer que les vélos commençaient à pousser le coup de pédale un peu loin) et la fameuse observation de son frère, Doug, membre de son équipe municipale, qui s’est lamenté cet été car, je re-cite : » il y a plus de bibliothèques que de [cafés] Tim Hortons » dans son quartier (argument avancé pour réduire les budgets de fonctionnement des bibliothèques municipales). L’Ontario est un plat pays, ceux qui volent bas ne risquent rien.
Donc cette semaine, Monsieur le Maire a été la victime d’un canular télévisé de l’équipe de l’émission satirique de CBC « This hour has 22 minutes ». Les plaisantins n’avaient cependant pas prévu deux détails :
Premièrement, M. Ford honnit en général les services publics, et ceux de CBC en particulier. Il ne connaissait pas cette émission puisqu’il ne regarde pas la chaîne sur laquelle elle est diffusée.
Deuxième détail imprévu – et non des moindres : en voyant arriver les plaisantins chez lui le matin, en meute rigolarde, il a eu ce réflexe propre à tous ceux qui considèrent la pratique de la plaisanterie aussi dangereuse que celui du port d’armes : il a appelé la police (911) !
L’incident a fait le tour de la ville. A ce jour, la polémique tourne autour d’une dernière question : M. le Maire a-t-il vraiment traité de « salope » l’agent de police qui semblait prendre son temps au téléphone lorsqu’il a appelé les urgences ?
Ceci étant, il est vrai qu’il n’est pas facile non plus de faire rire le Torontois quand on arrive de Gaule. En immigrant au pays où le castor a été le symbole du drapeau (jusqu’en 1965), j’étais ravi de sortir de mes bagages la fameuse devinette « Pourquoi les castors ont la queue plate ? ». Quelle erreuuuuuur ! A l’instar de l’équipe de « This Hour has 22 minutes », j’avais moi aussi oublié un détail : « This country is politically correct ». Donc pas de vulgarité en-dessous de la sous-ventrière. Pour ceux qui veulent quand même connaitre la réponse à la question, j’ai dû l’adapter au style canadien et cela donne à peu près : « parce qu’il a eu une relation orale inappropriée avec les canards ». Le bide se renouvelle à chaque fois, je crois que je vais renoncer.
La contrepèterie a été rangée aux accessoires inutiles : tout le monde ici ayant le choix dans la date, personne ne comprends pourquoi je répète cette question à tout bout de champs. Re – bide.
Le jeu de mots est tout aussi ignoré : la semaine dernière, je participais à un cours sur la « dialectique des sciences sociales ». Le cours portait sur la pédagogie pour enseigner aux élèves ontariens l’histoire de Marco Polo. On nous relate la fameuse caravane de la famille Polo qui est partie jusqu’en Chine. Un élève québécois lève le doigt et pose une question sur la « caravane à Polo » (sic). Je lui réponds qu’on ne dit pas la « caravane à Polo », mais la caravane des Polo…. Par contre il peut dire la capsule Apollo. Silence dans la salle : Re – Re – bide.
Je crains que l’hiver ne s’annonce long….
L’autre soir, dans un dîner en ville (car ce n’est pas pour me vanter mais je commence à être invité dans les dîners en ville), entre la poire et le fromage, j’ai été ravi d’entendre l’un des convives entamer un tour de table de blagues 100 % sirop d’érable. Je ne résiste pas à la tentation de vous soumettre la première devinette : « Comment fait-on pour faire sortir 30 canadiens d’une piscine bien fraîche un jour de canicule ? »…….. Je vous laisse le temps de réfléchir. Pas trouvé ? Réponse : « On leur demande gentiment de sortir de la piscine ».
Ceux qui viennent de s’esclaffer ont gagné 30 points pour leur dossier d’immigration : vous êtes prêts à venir vous frapper les cuisses cet hiver. Cela tombe bien car comme l’aimait à le rappeler Pierre Desproges « quand homme blanc couper beaucoup de bois, hiver très long… ». Et, question humour, on risque de se faire scier cet hiver.
