Coquelicot, chemise bleue et moustache à Toronto


« Le regard du troupeau est unique, mais ses bouses sont innombrables » nous rappelait Philippe Avron. Il est ténu le petit fil rouge qui sépare l’esprit grégaire du vaste élan de générosité collective. Toronto ne fait pas exception à ce principe.

En ce mois de novembre, si vous voulez être dans le vent avant que la neige n’arrive, le dress code à Toronto est strict : coquelicot à la boutonnière, chemise bleue et moustache ! Avec ces 3 accessoires de mode vous êtes à la pointe de l’accoutrement de celui qui s’engage sans s’indigner pendant que les copains anti Wall Streeeeet campent dehors.

Le coquelicot à surgi au début du mois de novembre sur les rebords des vestes de nombreux torontois et torontoises en hommage aux soldats tués lors de la Grande Guerre. Cet hommage aussi discret que touchant n’est pas la panacée des canadiens : c’est l’ensemble des pays du Commonwealth qui observe ce petit rituel de commémoration. Ce que peu de sujets de sa gracieuse majesté savent par contre c’est que le symbole du « Poppy » est tiré d’un poème, In Flanders Fields, composé par un canadien, John Mac Crae, originaire d’une ville à côté de Toronto, Guelph. J’ai eu l’occasion de passer devant sa maison l’autre jour. Elle est jolie.

Voilà, donc pour le coquelicot. Passons à la chemise bleue.

Vous n’êtes pas sans savoir que le 14 novembre est la journée mondiale de la lutte contre le diabète. Vous ne le saviez pas ? C’est plutôt bon signe pour vous, à la réflexion. Mais vous savez quand même que pour soutenir la lutte contre le diabète, il est demandé de s’habiller en bleu (ou de s’éclairer en bleu), durant toute cette journée ? Vous ne le saviez pas non plus ? Ne me remerciez pas, cela me fait plaisir de vous l’apprendre. Ainsi donc, je me suis retrouvé lundi soir à une réunion d’un centre communautaire avec 12 personnes habillées en bleu. Je n’ai pas trouvé le Schtroumpf farceur du premier coup.

Voilà pour la chemise bleue. Pourquoi pas.

Basculons maintenant sur la moustache.

Ne me dites pas cette fois-ci que vous ne le saviez pas.

Affiche Movember croisée au Collège Français de Toronto

Par solidarité pour la lutte contre le cancer de la prostate, le mouvement Movember (contraction de « Moustache » + « November ») demande aux hommes de se laisser pousser la moustache durant tout le mois de novembre . Quand je dis « les hommes », j’oublie que je suis au Canada et que je me rend coupable de discrimination sexiste : les femmes peuvent le faire aussi, ce dont ne se prive pas ma voisine portugaise (j’ai été sympa, je vous ai épargné la photo). Ne me demandez pas le rapport entre la moustache et le cancer de la prostate, je ne le connais pas non plus. Ceci étant, le sourire ironique au coin des lèvres s’étant effacé, force est de constater que ce vaste mouvement pilaire a permis de récolter en 2010, 23 millions de dollars en un mois ! Moi-même, j’ai donné 5 dollars à ma voisine pour qu’elle cesse de suivre le mouvement.

Donc le citoyen du monde ontarien se reconnait assez facilement en ce moment : coquelicot à la boutonnière, chemise bleue et moustache.

A la réflexion, je trouve que le Torontois ne va pas assez loin dans son engagement de frimaire. Je me permets donc de contribuer modestement à ces vastes campagnes d’engagement en proposant deux nouveaux élans collectifs pour novembre prochain :

En soutien à la lutte du cancer du colon, je propose de ne pas se brosser les dents durant un mois. La relation entre le geste et la cause n’est pas évidente au début…au bout de 15 jours, le lien devrait s’établir assez facilement.

Autre suggestion : en souvenir aux victimes de chute mortelle en montagne, je propose de ne plus se couper les ongles durant 3 mois. Là-encore, la relation entre l’engagement et la cause devrait apparaitre évidente au bout de deux mois.

Amis lecteurs du vieux continent, ô combien trop éloignés de mon foyer, vous avez aussi d’autres idées pour nous occuper intelligement avant que ne tombe la neige, glissez-moi vos suggestions. N’hésitez pas à vous inspirer de la sentence de Michel Audiard qui me guide chaque jour : « Les c…. ca ose tout, c’est même à cela qu’on les reconnait ».

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