Monsieur le Président
Vous vivez un moment rare dans le parcours d’un homme d’Etat: d’après les informations dont nous disposons à Toronto, vous ne pouvez plus décevoir vos concitoyens.
A 34% de satisfaction dans les sondages, Georges W. Bush évitait les sorties publiques durant les derniers mois de son mandat. Avec moins de 20 %, vous en êtes réduit à sortir dans Paris la nuit en casque de mobylette… sic transit gloria mundi.
Il faut se ressaisir, François. Ne serait-ce pas le moment providentiel pour surprendre les uns et décevoir -cette fois-ci en bien- les autres ?
J’ai quelques anecdotes à vous conter qui m’ont laissé songeur quant à l’une des crises qui touchent l’établissement France que vous dirigez: l’instruction civique à l’école et l’apprentissage du « vivre ensemble ».
La lecture en début d’année scolaire de la lettre de Guy Mocquet a duré le temps d’un Tweet et j’ai bien peur que les chartes de la laïcité placardées en 2013 dans les halls des collèges soient déjà recouvertes par des petites annonces de ventes d’Ipad d’occasion.
Je m’égare. Venons-en aux anecdotes torontoises qui pourraient vous inspirer:
Du haut de ses 5 pommes, mon fils Colin va tous les matins à l’école publique du quartier. Il commence sa journée, entouré de ses copains (Atzin, Ron, Souleymane, Michael, ..) par se lever et chanter en coeur: « Ô Canada ! ». Vous pouvez le leur demander: Colin et Atzin, Ron, Souleyman, Michael, .. aiment chanter l’hymne du Canada. C’est peut être ballot vu de Paris, mais cela met les gamins en joie le matin et leur donne le sentiment d’être une équipe.
Dans l’école privée où je tente d’enseigner la loi d’Ohm, mes chères têtes blondes partagent le même rituel: à 8:30 pétantes, élèves, enseignants, personnel d’administration se lèvent et chantent l’hymne national. Je le chante aussi, ca m’apaise.
Cher François, je n’ai pas à vous convaincre de l’importance de rappeler en chanson chaque matin quelques règles de vie en communauté. Je ne critique pas, j’évoque.
Prenons un autre exemple.
La mode chez les jeunes canadiens n’est pas très différente de celle des jeunes français: Nike, Reebok, Adidas, …il y a également une marque nationale qui fait un tabac chez les ados, Roots: la coupe n’est pas très originale. Un seul et même détail est imprimé sur tous les T-shirts, sweat shirts, pantalons, chaussures, sacs… le mot « Canada » avec la feuille d’érable. C’est ce qui fait l’identité de la marque: l’Unifolié.
Ici, le drapeau, on ne le hue pas dans les stades, on le chante à l’école et on le porte sur soi avec plaisir. Là encore, cher François, je n’ai pas à vous convaincre de l’importance des symboles pour partager un pacte communautaire. Je ne critique pas, j’évoque.
Je continue dans les anecdotes avec le baccalauréat.
Je ne sais pas comment est délivré aujourd’hui aux récipiendaires français ce diplôme séculaire. De mon temps, la liste des bacheliers était punaisée sur le mur du préau de notre lycée et chacun venait s’agglutiner sur les feuillets pour pleurer ou hurler de plaisir. Point. Adieu bahut ! Si, comme l’explique les pédagogues, le baccalauréat est une épreuve initiatique pour le passage à l’age adulte, il n’y avait cependant aucune cérémonie d’initiation pour accueillir ces jeunes adultes dans leur nouvelle communauté.
Les bacheliers canadiens sont invités à une remise de leur diplôme durant une cérémonie qui se veut « inoubliable »: Ils portent une toge, les familles sont présentes, endimanchées, le corps enseignant est là (en toge également), les officiels sont assis au premier rang, l’orchestre de l’école ouvre la cérémonie. Cette journée se cloture par un bal.
Encore une fois, cher François, je n’ai pas à vous convaincre sur les valeurs des rituels laïques pour construire un sentiment de fierté à devenir un acteur adulte dans sa communauté. Je ne critique pas, j’évoque.
Il me faut avoir encore l’esprit bien français pour faire des mots sur ce qui est ici qu’une série d’actes quotidiens banals. C’est peut être ce qui manque chez vous, François: moins de mots et des actes banals oubliés…
Je conclurai ces anecdotes qui peuvent paraitre ringardes en deçà de Brest en faisant remarquer qu’un mot a été répété 4 fois. Il est fort respecté au Canada: c’est communauté. Moins prestigieux que « fraternité » mais profondément ancré dans une réalité quotidienne.
Je ne critique pas, j’évoque.
Bien à vous. Mes respects à vos dames.
une fois de plus, j’ai bien ri… jaune, triste réalité que l’on doit encore supporter pendant 3 ans. « dogmatisme », « incompétence ».
Bon, on vous embrasse !
Vincent,