Vous vous souvenez sans doute de l’expérience menée par Michael Moore dans Bowling for Colombine (2002) :
fort de la théorie selon laquelle l’insécurité est d’abord un sentiment avant d’être une réalité sociale, le trublion s’était rendu à la frontière américano-canadienne. D’un côté du fleuve, il nous présentait la psychose collective de l’insécurité et du bon droit constitutionnel à défendre son foyer avec son fusil sous le siège du chauffeur et son Magnum (pas de champagne, hélas) sous l’oreiller de papa dans une maison verrouillée à triple tour. De l’autre côté du fleuve, une ville canadienne avec ses voitures et ses maisons aux portes ouvertes et un sentiment général de sérénité parmi ses habitants.
Nous venons de passer nos 3 premiers mois au Canada et je me permets de faire un premier bilan sur la situation de la sécurité à Toronto.
Je suis très déçu.
Depuis que je suis gosse, je rêve de rencontrer un vrai policier de la Gendarmerie Royale du Canada (Royal Canadian Mounted Police in english).
C’est grâce au livre « Le loup qui rit », – ouvrage majeur de littérature de la jeunesse hollandaise tiré des aventures de Bob et Bobette – que j’ai découvert le superbe uniforme des « mounties ». Un gentil policier qui s’apparente plus au garde-chasse qu’à un membre du GIGN. Que voulez-vous le prestige de l’uniforme a toujours eu un impact sur les enfants : de superbe bottes noires vernies que n’aurait pas refusé de porter Christine Deviers Joncour, une culotte de cheval appréciée dans le dress-code des soirées munichoises en 1922 avec cette coupe près du corps dite « poutre apparente », un plastron rouge que jalousait Roger Lanzac pour présenter les clowns de la Piste aux Etoiles sans oublier le chapeau avec gouttière intégrée. Bref, je voulais voir un personnage de BD qui existe –me disait-on – pour de vrai.
Ami touriste, lis bien ces lignes qui vont suivre.
Si, toi aussi, tu veux venir au Canada pour retrouver M. Lambique en tenue de gendarme canadien, fais-toi rembourser ton Paris-Ottawa pendant qu’il en est encore temps : les red coats (c’est aussi ainsi qu’on les surnomme) ne sortent de leurs casernes qu’en de très rares occasions, et le plus souvent pour des commémorations. L’histoire du Canada étant ce qu’elle est (c’est-à-dire qu’elle a moins de défaites militaires qu’en France), les occasions de sortir les gendarmes à canassons sont plus rares.
J’ai cependant eu de la chance – si je puis dire- cet été : j’en ai vu 8 d’un coup à Ottawa : ils portaient le cercueil de Jack Layton, leader du Nouveau Parti Démocrate (il faudra que je vous touche un mot à l’occasion de ce dangereux parti bolchevique).
Et la tendance ne va pas en s’arrangeant, égéries de l’uniforme.
Le magazine canadien Macleans a publié en août un article selon lequel il y aurait trop de policiers au Canada vu le taux de criminalité du pays qui n’a jamais été aussi bas depuis 40 ans.
Trop de policiers ! Mon ami Serge de passage à Montreal en a fait les frais la semaine dernière : il s’est vu coller une contravention en traversant l’avenue Sainte Catherine en dehors des clous. Nous même nous sommes fait tancer vertement par la maréchaussée torontoise après avoir traversé un passage clouté « rouge-pour-les piétons ».
La Suisse vient de prendre un sacré coup de jeune.
Nous-mêmes avons été contaminés : notre petite maison est située en bordure d’une avenue passante du centre-ville. Nous avons passé l’été la porte grande ouverte. Un matin, mon épouse est partie avec mon passeport pour demander ma carte de Sécurité Sociale. Une demi-heure plus tard, on frappe à notre porte (ouverte, je le rappelle). Un quidam avait trouvé ledit passeport sur le trottoir à 30 mètres de notre maison (je m’en suis expliqué plus tard avec l’intéressée) et, tel un témoin de Jehova, s’était enfilé toutes les portes de la rue pour retrouver l’heureux possesseur du précieux document.
A la lecture de ce témoignage, je pense que certains cantons suisses-allemands vont pouvoir demander leur rattachement au Dominion Canadien afin de retrouver la paix légitime du sommeil : le Suisse se lève tôt mais se réveille tard.
Viens faire un tour à Trinity Bellwoods ou dans le quartier Liberty, tu verras la police montée de Toronto, certes leur uniforme n’est pas rouge, mais cheval il y a!
Et tu peux collectionner leurs cartes : les Pokémon ont du souci à se faire…
http://digitaljournal.com/article/302671