Le Canada (re)connaît ses héros.


En septembre dernier, un 75ème soldat français a été tué en Afghanistan.

Sa mort a fait l’objet d’une information en France, quelques lignes dans la presse, autant au Canada.

Depuis le début du conflit en 2002 en Afghanistan, ce sont, à ce jour, 157 soldats canadiens qui sont tombés au combat.

Français comme Canadiens sont inhumés dans leur pays respectif, seuls les égards diffèrent…

Les corps des soldats de la base militaire de Trenton, Ontario, sont escortés jusqu’ à Toronto  (200 Km). Un cortège funéraire est organisé sur « la route des héros » – Highway of Heroes – , un tronçon de l’autoroute 401 qui relie Trenton àToronto.

Le jour de l’escorte du corps, chacun peut venir lui rendre hommage le long du parcours : on voit alors des gerbes de fleurs sur les ponts, des rubans jaunes sur les panneaux de la route, des affiches avec des messages de sympathie. Des centaines d’anonymes de tout âge viennent rendre un dernier hommage à ce jeune homme ou cette jeune femme (8 femmes sont mortes parmi les 157) et à sa famille. Le cortège passe en direct sur la chaîne d’information.

C’est un instant où le pays est rassemblé sans polémique politicienne ou idéologique derrière ses soldats, les vivants toujours là-bas comme les morts ramenés au pays.

Le lieutenant Valéry Tholy, 36 ans, était marié et père de trois enfants. Il a eu les honneurs militaires dans sa caserne de Montauban. Point barre.

Alors que Valéry Tholy a  été inhumé lors d’une cérémonie privée, le sapeur canadien Brian Collier (24 ans), lui, a eu les honneurs militaires de son pays et a été salué comme un héros.

On ne peut soupçonner le Canada de tentation nationaliste, encore moins militariste.

Je trouve ce parallèle entre la France et le Canada dans la façon dont est commémorée la mort des soldats tombés durant le même type de mission  intéressant.

Le Canada est fière de son armée. Ses soldats sont des héros.

La France continue à entretenir un complexe (pour ne pas dire une méfiance) pour ses soldats et laisse un vide à l’extrême-droite pour ce qui pourrait être un rite républicain qui transcenderait les clivages politiciens.

L’Amérique du Nord est une machine à fabriquer des héros : héros au cinéma, héros de l’histoire, héros de l’industrie (Cf. le matraquage émotionnel autour du décès de Steve Jobs), héros du quotidien.

La France aime rire de ses héros, pire : elle ne sait pas les voir.

Nous avons déjà abandonné aux loups une héroïne,  symbole de la République, Jeanne d’Arc. A une époque où on essaye de faire entrer dans les écoles françaises la mémoire d’un jeune héros martyr, Guy Mocquet, nous pourrions peut-être aussi intéresser nos chères têtes blondes aux héros d’aujourd’hui.

Dans la mythologie grecque, les Champs-Elysées sont le lieu où les héros goûtent le repos après leur mort. Je n’ai rien contre l’arrivée du Tour de France, mais il me semble que la plus belle avenue du monde pourrait aussi mériter son nom.

Une réflexion au sujet de « Le Canada (re)connaît ses héros. »

  1. Je suis enchantée de constater que nous, humbles Canadiens, faisons les choses avec dignité de temps en temps. C’est encore nouveau d’honorer nos soldats et le présent gouvernement a beaucoup contribué dans ce sens, aussi avec les récentes excuses aux Autochtones touchés par les abus des écoles résidentielles. Je suis fière d’etre canadienne et de célébrer le courage de tant de Canadiens qui ont pris au sérieux leur responsabilité de servir les leurs.

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