L’île où les riches ne peuvent plus s’enrichir


Lundi dernier, c’était Action de Grâce (thanksgiving) que l’on peut aussi écrire « Action de grasse » vu le sort réservé aux dindes hormonées ce jour-là.

Nous sommes à la fin de l’été des indiens, période de tiédeur automnale propice aux escapades en forêt. Notre petite famille a conduit sa poussette vers l’une des grandes destinations de cette migration urbaine : les Toronto Islands.

Il s’agit de prendre un ferry pour se faire déposer sur l’une des îles situées à quelques centaines de mètres du rivage de Toronto. Les véhicules y sont interdits ce qui fait de cet archipel la zone piétonne la plus grande d’Amérique du Nord.

Ces 3 îles constituaient originellement une péninsule qui a été séparée du continent à la suite d’une tempête au XIXème siècle. Toutes sont reliées entre elles par des ponts de bois. L’accès le plus rapide à partir de Toronto se fait à partir de l’ïle de Ward.

Ses habitants profitent d’un isolement exceptionnel et d’un décor huppé.

Quand je dis huppé, je ne parle pas au sens habituel français : ce n’est pas l’île de Ré ni les abords du golf de Spérone. Certes, les riverains disposent d’une splendide marina pour garer leur bateau, d’un club de tennis, d’un terrain de sport, d’un restaurant, d’une église, ….

Office chaque dimanche à 10:00

Marina sur Ward Island l

C’est un charme chic qui règne à travers un dédale de petits chemins goudronnés, bordés de haies de noisetiers, derrières lesquelles on devine de ravissants chalets. Tout cela est de bon goût, hospitalier avec un ton villageois qui ne souffre ni d’ostentation bourgeoise ni du bling bling de la Riviera.
L’ambiance s’apparente à celle de Portmeirion, le village de la série-culte « Le prisonnier ».
Si vous êtes arrivés jusqu’ici dans la lecture de ce propos, félicitations ! Je vous accorde que cette description a peu d’intérêt pour ceux qui connaissent déjà l’archipel et encore moins pour ceux qui n’iront jamais aux Toronto Islands.
Les Torontos Islands ont cependant une particularité qui n’est pas sans intérêt et qui devraient laisser à réfléchir plus d’un insulaire.
En me promenant donc dans ces allées (goudronnées, bordées de haies de noisetiers, etc, etc, …bla bla bla), j’ai été surpris de constater qu’aucun portail n’était fermé, qu’aucune alarme n’était annoncée (quoique sur une île me direz-vous…) qu’aucun chien ne grondait et qu’aucun poste de police n’était visible dans le périmètre.
Non, je ne vais pas vous refaire l’article sur Bowling for Colombine. Ma chute est différente.
Avec mon regard de franchouillard qui considère que tout endroit où se concentrent des maisons de riches avec leur bateaux, doit coûter une fortune et que ses habitants doivent sévèrement cracher au bassinet question taxes locales.
Il n’en est rien.
Ce village insulaire n’est pas un village mais une association des 292 propriétaires des maisons implantées sur l’île. Cette association s’est constituée en 1993 pour se protéger de la politique de réaménagement de l’île menée par la ville de Toronto qui avait déjà réussi à leur coller un aérodrome à l’une des extrémités de l’archipel.
Dans la négociation passée avec la ville, les règles d’accès à la propriété sont assez originales : les propriétaires des maisons ne sont pas propriétaires du terrain sur lequel se trouve lesdites maisons. Ils ont une concession pour 99 ans. De plus, un propriétaire qui souhaite vendre son bien immobilier ne pourra jamais le vendre plus cher qu’il ne l’a acheté initialement soit, en moyenne, 50.000 dollars. Il y a une liste d’attente de plus de 300 candidats à l’insularité.
Un belle idée de ce que peut être la propriété, non ?

Les chênes continuent de pousser, en toute sécurité

Depuis lors, les chênes continuent de pousser, désormais détendus…d’où l’expression de G. Depardieu dans « Les valseuses » : « on est pas bien là, détendu du gland, à la fraîche(…) ? » Il devait sans doute penser à ce moment-là aux chênes des Toronto Islands.

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