A une passante….. de Toronto


La rue assourdissante autour de moi hurlait.

C’était un vendredi soir. J’avais emmené mon spleen dans un Sport Bar sur Bloor Avenue dans lequel on diffusait sur 6 écrans géants le match de Hockey entre les Jets de Winnipeg et Les Toronto Mapple Leaf . Ma pinte de Coors  était à demi-entamée.

Longue, mince, en grand deuil , douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse

Une mini-jupe noire dans une marée de jeans, cela émeut autant l’homme que l’esthète.
Ma contemplation ne spoliait personne : elle restait invisible au regard du troupeau qui, rivé sur les écrans, beuglait et hurlait contre l’expulsion du joueur manitobain qui venait d’assommer avec un bourre-pif bien senti un défenseur ontarien qui demeurait cloué au sol malgré la fraîcheur du terrain .

Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.

Pour une mini-jupe, le tabouret de bar est un pilori orné d’un écrin . Elle commanda un verre de vin, suprême et sensuelle élégance dans ce champ de houblon.

Moi, je buvais , crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Je dus fermer les yeux, imaginer la mère de mes enfants, mes enfants, oublier la belle-soeur. Je redevins monogame.

Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté

Elle fit un signe au barman, lui glissa quelques mots à l’oreille (comment peut-on
devenir jaloux d’une oreille ?). L’heureux tenancier fit un signe de tête, se baissa sous son
comptoir, se releva et lui tendit le bras… Non ! Un Taser ! Il ne va quand même pas oser
l’électrocuter devant nous, le sagouin ?! Mauvaise vue (l’émotion m’avait mis de la buée
sur les lunettes) : ce n’était qu’une télécommande de télévision.

Dont le regard m’a fait soudainement renaître,

Elle se tourna vers moi, tendit l’objet et appuya sur un bouton. J’étais prêt à répondre à
la commande « Play » mais je ne sentis rien….En fait, son bras était dirigé légèrement au dessus de ma tête en direction de l’écran qui trônait contre le mur de ma table.Je ne l’avais pas vu jusqu’alors.

Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?

Un moment de communion se fit : mon enfant, ma soeur, toi aussi tu exècres la violence sur glace, le coup de patin dans les rotules, la rondelle qui gifle le gardien, la fourberie de la crosse de l’attaquant, la ruse du tir du poignet ? Tu me donnes l’audace de me lever, de m’approcher de toi et de me retourner pour partager un moment de recueillement télévisuel digne de ta noblesse…

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !

Ce soir là, les Lions de Detroit rencontraient les Packers de Green Bay : elle ne voulait surtout pas rater ce match de football américain.

Moi, je  voulus surtout ne plus la revoir.

Remerciements à Charles B. pour son soutien dans cette épreuve.

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