Le Canada du dessus et le Canada du dessous


Parmi les jolies Rafarrinades dont nous avons été honorés il y a 10 ans en France, chacun garde un souvenir particulier pour l’expression « la France d’en-bas ». Un premier ministre de droite qui défendait, à sa façon, la lutte des classes, on en reste encore ému.

Le Canada a été épargné de toute tentation marxiste et ses hommes politiques ignorent jusqu’au concept même ce qu’est la  » lutte des classes ».

Par contre, la segmentation marketing sait disséquer avec soin les fameuses CSP : les classes socio-professionnelles, hiérarchisées en CSP « plus plus », CSP « plus », CSP « moins moins » (il est vrai que c’est politiquement plus correct que de parler des « riches » ou des « pauvres »).

Où trouver les CSP « plus plus » et les CSP « moins moins » à Toronto ? Où dénicher le « Canada d’en haut » (Upper Canada) et le « Canada d’en bas » ? Ce ne sont surement pas les politiques qui vous en parleront: ce n’est pas un enjeu dans le débat politique.

La réponse est beaucoup plus simple: il suffit de lire les murs de la ville pour comprendre avec qui l’on est. On découvre alors 2 Canada qui vivent dans 2 espaces-temps parallèles: le Canada d’en-dessus, et le Canada d’en-dessous.

Le Canada d’en-dessus.

Si vous circulez dans le centre de notre Ville Reine, vous croiserez les mêmes campagnes d’affichage que celles diffusées sur les Champs-Elysées, à Piccadilly Circus ou sur Time Square : les vedettes d’Hollywood vantent les crèmes anti-rides parce qu’elles le valent bien, la globalisation de la fringue sévit partout et le paradis sur terre à moins de 700$, avion compris, s’appelle la Floride et Cuba.

         

Bref rien à ajouter: nous sommes bien dans une grande ville nord-américaine. Nous n’avons pas été trompés sur la marchandise.

Visite du Canada d’en-dessous.

C’est en descendant dans le (modeste) métro de Toronto que le marketing de masse s’affine et que les paillettes retombent. Ames sensibles s’abstenir.

Tout d’abord on vous rappelle qu’un pauvre, pardon, je veux dire qu’un membre de la  CSP « moins moins », c’est sale :

Non seulement il ne prend pas le petit déjeuner en famille, mais en plus il laisse trainer son journal – gratuit, bien entendu – derrière lui.

Ensuite, on vous rappelle qu’un CSP « moins moins »  n’avait qu’à mieux travailler à l’école s’il ne voulait pas en arriver là. Heureusement, on donne une seconde chance aux fainéants repentis. Au chantier pour les garçons, au salon de massage pour les filles :

Et puis, on a failli oublier qu’un CSP « moins moins » c’est d’abord quelqu’un qui dépense l’argent qu’il n’a pas. Irresponsable, en plus :

Tu n’as pas de boulot, ton mari t’a plaqué, tes gosses ne te parlent plus ? Amie CSP « moins moins » déprimée, tu peux toujours te faire un peu de blé, en allant raconter tes emmerdes :

Nous sommes tous égaux devant la mort? Pas toujours : avec 5 mois de sol gelé, les enterrements peuvent être dispendieux, ici. Heureusement, on a tout prévu pour nos CSP « moins moins » : raide un jour, raide toujours.

On a beau être CSP « moins moins », on a quand même droit à du rêve et de l’héroïsme en image. Bon ce n’est pas vraiment le golden boy en Ferrari avec sa James Bond Girl dans le fauteuil passager. Mais la personnification de la fierté du travail bien fait, du bel ouvrage, de la besogne accomplie dont devrait s’inspirer chaque honnête et modeste citoyen :

Cette visite des murs du Canada d’en dessous devrait s’enrichir au fil de mes transports metropolitains. Le printemps arrive, gageons que de nouvelles offres toutes aussi alléchantes vont fleurir sur les murs d’en-dessous.

Pour conclure, n’oublions pas une vérité fondamentale que je laisse à Monsieur Gabin le soin de vous rappeler :

2 réflexions au sujet de « Le Canada du dessus et le Canada du dessous »

  1. Vu comme ça, effectivement ton voyage quotidien en métro revêt d’autres couleurs et devient nettement moins ennuyeux. La pub des enterrements me rappelle la belle grosse affiche à l’entrée du cimetière de MountPleasant juste en face de chez moi: « Rest in peace. We have space! » Sympa, non? On se sent tout de suite mieux après avoir lu un tel message.

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