Au Canada, on sait vendre chèrement la peau…. des autres


L’Histoire nous rappelle que la conquête du continent américain a été motivée par 2 ruées: celle vers l’or pour les Etats-Unis d’Amerique et celle sur le Castor Canadensis pour le Canada. Conquêtes rapides, violentes où, dans les deux cas, il y eu peu de prisonniers. Surtout parmi les Castor Canadensis. Cet esprit de conquête quelque peu particulier inspira sans doute la fameuse sentence d’Einstein : »Les Etats-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans jamais avoir connu la civilisation. »

Je m’égare, revenons au sujet qui m’intéresse: la peau des autres

Véritable enjeu entre l’Angleterre et la France aux XVIème et XVIIème siècles, la traite du castor etait particulièrement prisée en Europe du Nord: sa fourrure, naturellement imperméable – car riche en graisse-, a été victime de l’engouement pour les toques à poil (regardez de plus près le tableau de Vermeer, L’officier et la jeune fille et (re)lisez le remarquable essai de Timothy Brook: Le chapeau de Vermeer). Le castor canadien était en Europe au XVIIème siècle ce que le vison ou le bébé phoque furent aux années 70: un luxe dans la fringue au prix d’un massacre parmi les principaux intéressés.
Apparu dans la deuxième moitié du XVIIème siècle, le castor fiber de Russie: un castor vulgum dont la fourrure était aussi imperméable qu’un KWay usé. Les moujiks avaient cependant trouvé le moyen de traiter sa fourrure et de la rendre encore plus imperméable que celle de son cousin canadien.

Les couts de transports rendaient désormais prohibitifs le Castor Canadensis. Les lois du commerce international firent plonger la compétitivité de l’animal qui ne voulut pas s’adapter aux nouveaux défis de la mondialisation que lui offraient ses employeurs: le Castor Canadensis perdit de son intérêt et le rongeur fut relégué 200 ans plus tard au simple rôle de symbole sur le drapeau canadien, en reconnaissance pour service rendu à la nation. Tant pis pour lui. Entre temps, l’espèce faillit disparaître du continent.

Un empire économique et l’une des plus anciennes entreprises au monde encore en activité se construisit sur le dos de la bête: la Compagnie de la Baie d’Hudson. Détentrice de la plus grande partie du territoire canadien (un territoire 8 fois plus grand que la France) durant plus d’un demi-siècle, elle profita d’un droit exclusif de traite des fourrures et de la trappe des castors. Aujourd’hui la Compagnie de la Baie d’Hudson s’est réduite à une chaîne de magasins qui ne fait trembler ni Wall Mart, ni Promodes. Sic transit gloria mundi.

Je m’égare, revenons au sujet qui m’intéresse: la peau des autres

La chasse aux poils des bêtes reste aujourd’hui encore lucrative au Canada. Elle est considérée par la majorité des canadiens comme un sport qui vous évitent des tares humaines telles que la sensiblerie, l’empathie ou la dignité.

Je ne vais pas m’étendre sur la chasse aux bébés phoques qui restent un sujet de tension entre le Canada et la Communauté européenne ni sur la chasse aux chacals dont la fourrure décore les encolures des fameuses doudounes polaires « Canada goose ». Dans les deux cas, le chasseur canadien vous explique qu’il ne fait que contrôler une population de prédateurs en surnombre en assurant un rôle de régulateur dans la chaîne alimentaire. Soit.

La bêtise atteint par contre un sommet qui peut nous donner une idée de l’infini quand on s’intéresse à ce qu’est devenue la chasse à l’ours polaire.

Au commencement, la chasse à l’ours était une pratique essentielle pour la survie des Inuits: os, viande, fourrure, graisse étaient utilisés par la communauté qui ne vivait que de pêche et de chasse. Vint l’homme blanc. Le naufrage social que connait la nation Inuit est un sujet qui reste politiquement incorrect donc personne n’en parle ici, ou si peu. Insolubles dans la société occidentale,l’ours polaire et l’Inuit ont connu tout deux un lent et sûr déclin depuis que leurs routes glacées ont croisé celle de l’homo occidentalis.

Au nom du droit fondé sur la tradition, le gouvernement canadien a garanti l’autorisation de la chasse à l’ours aux Inuit, cela bien que l’espèce soit en voie de disparition. Le frustré dans l’histoire c’est l’homo occidentalis qui n’a plus le droit de tirer sur le nounours blanc. Encore une fois, les lois du commerce sont implacables: la rareté crée la valeur. Une descente de lit en fourrure d’ours était vendue aux enchères à Toronto environ 4.000$ il y a encore 5 ans. Aujourd’hui son prix est passé à 12.000$ et les perspectives pour la prochaine saison laisse présager un cours dépassant les 15.000 $.

Petit détail qui a son importance: chaque inuit a le droit de ne tuer que 2 ours par an. Ce droit risque de disparaitre d’ici deux ans, date à laquelle l’ours polaire sera promu au grade d’animal en voie de disparation. Il s’en réjouit d’avance.

Quand on sait que le dépeçage complet d’un ours requiert 5 heures de boulot, et que l’homo ludens ne sait pas gérer ses frustrations, que croyez-vous qu’il se soit passé depuis 2 ans ?…. Les Inuits vendent leur droit de chasse à l’homme blanc pour la modique somme de 20.000$, dépeçage inclus!

Ce dernier tout fier de son précieux droit de tuer, chèrement gagné, quitte New York ou sa Russie natale et arrive par hélicoptère dans le Grand Nord pour faire pan-pan sur le nounours.

Je n’ai même pas la force de condamner l’esquimau qui a compris comment on peut vendre beaucoup plus chère la peau de l’ours avant de (et sans) l’avoir tué: en investissant sur la bêtise humaine.

Une réflexion au sujet de « Au Canada, on sait vendre chèrement la peau…. des autres »

  1. Salut Christophe, oui là, c’est tout simplement…et hélas normal…je crois que c’est Marx qui avait dit que le capitaliste serait prêt à vendre la corde avec laquelle on va le pendre. Ton histoire est une variante un peu plus… »distinguée ». A+, Vincent,

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