8 janvier 2015 à Toronto: il paraît qu’il s’est passé quelque chose à Paris cette semaine…


La barbarie a le bras long: nous avons reçu la gifle jusqu’à Toronto.

Je n’épiloguerai pas sur le drame qui a frappé les mines de graphite les mieux taillées de France ni de l’assassinat de 3 policiers Black-Blanc-Beur, des anonymes français qui n’avaient pour seule tare que celle de se nommer « Cohen » ou « Saadad ».
Je n’épiloguerai pas non plus sur l’angoisse que nous avons avons vécu pour un membre de notre famille qui,elle aussi, n’a eu pour seul tort que d’être au mauvais endroit au mauvais moment.
Enfin, je n’épiloguerai pas sur ce droit sacré de la République qui a été profané: le blasphème.

Fin de l’homélie, revenons à notre petit monde si tranquille de Toronto.

Dimanche dernier, avant d’aller rejoindre les Charlie de Toronto, j’accompagne mes enfants au YMCA.
Mon aîné y apprend la brasse coulée et mon cadet rebondit dans les châteaux gonflables. Tous les deux à l’abri de la barbarie. Pour l’instant.
Me voilà donc assis sur un banc à surveiller mon engeance.
S’assoit à côté de moi la maman d’un copain de mon aîné. Enseignante francophone à ses moments perdus. Salutations, sourire cordial. On prend des nouvelles de chacun …. Et des projets pour l’après midi.
-« Un rassemblement devant l’hôtel de ville de Toronto? » s’étonne la dame. « Mais pourquoi donc? » s’enquit elle. Le ton de la curiosité est poli et distrait, le regard est ailleurs.
-« Pour témoigner notre solidarité avec les attentats de Paris. »
-« Les attentats de Paris ????, »
Je vous la fais courte: elle n’était au courant de rien.

10372219_10153043330759600_8314187130492647826_n-« Vous comprenez, avec mon métier, je n’ai pas le temps de regarder les informations…. » m’explique la sachant-transmettant.

C’est là où je vois que je commence à prendre le pli canadien: je garde le sourire. Compréhensif, je donne quelques détails des événements.
Toujours poliment, elle m’écoute pour conclure: « Je comprends alors que pour vous, Français, ce rassemblement est important. Vous serez entre vous. Vous avez de la chance, les prévisions de la météo sont clémentes. » Au moins, me suis-je dit, elle lit la page météo des gratuits du métro.
J’avais beau préciser qu’il y avait des manifestations partout dans le monde (25.000 personnes défilaient au même moment à Montréal) je voyais toujours le scepticisme dans le regard de ma béotienne (ces Français: toujours emphatiques !)

Puisque le mot « islamistes » avait été prononcé, la ravie glisse la conversation sur sa dernière rencontre avec l’Islam: « Une de mes élèves, est une élève brillante et participe bien dans ma classe, raconte-t-elle. Cette semaine, elle est arrivée à l’école avec un voile autour de son visage. Elle s’est assise au fond de la classe et ne parle plus depuis. »
« La coïncidence de l’anecdote avec les événements de Paris est cruelle » répondis-je. « Vous savez en France, cela n’est pas autorisé au nom de la laïcité. »
 » Oui, mais nous sommes plus TOLÉRANTS au Canada » m’explique-t-elle.

J’ai opiné en silence. La conversation en est restée là.
Il est vrai qu’avoir la page météo pour seule source d’informations sur le monde rend le concept de laïcité totalement abscons.

Même ici, Charlie, il reste de la besogne à accomplir.
Tu me manques, Charlie.

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Nous étions quelque 600 Charlie ce dimanche à Toronto. Par ici, c’est beaucoup. Pour nos idéaux, ce ne sera jamais assez.

Une réflexion au sujet de « 8 janvier 2015 à Toronto: il paraît qu’il s’est passé quelque chose à Paris cette semaine… »

  1. Un : « Moi comme le prophète, je n’aurais pas aimé avoir mes fesses dessinées en première page d’un journal!!! » m’a laissée coi. À une lettre près, cela aurait été con; j’ai eu chaud.

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